Pierre Livet et Bernard Conein, Processus sociaux et types d’interaction

Laurence Kaufmann

Beginning of the review

Replacer les types d’interactions au cœur des sciences sociales, voilà le beau projet du philosophe Pierre Livet et du sociologue Bernard Conein. A l’encontre d’une conception statique des rapports sociaux, qui repose sur des abstractions analytiques ou statistiques, l’approche qu’ils proposent vise à saisir la « dynamique concrète de la vie sociale ». Cette proposition est d’ordre ontologique : par-delà leur apparente hétérogénéité, des « êtres » sociaux aussi divers que les conversations, les communautés épistémiques, les émotions collectives, les institutions et les rituels partagent le même mode d’existence. Ils sont tous des processus d’inter-actions.
Axée sur les processus, nécessairement mouvants et partiellement indéterminés, une telle approche ne se heurte pas, contrairement aux sociologies de la structure, à l’énigme du changement. Le problème qu’elle doit résoudre est au contraire celui de la constance, de la persistance et de la stabilité d’une société. Comment, en effet, une société peut-elle se développer et se maintenir si elle repose entièrement sur des processus ? La réponse que proposent Livet et Conein est double. D’une part, les processus sont inter-reliés dans des maillages, des interférences et des enchâssements que leur renforcement mutuel rend durables et résistants. D’autre part, les processus sont suffisamment flexibles pour pouvoir s’ajuster aux variations et aux « virtualités » de leur environnement afin de s’adapter aux réactions en partie imprévisibles des individus qui les actualisent…


[Read the article in Cairn]